Le débat public doit être le lieu d’un échange d’idées, respectueux des principes démocratiques et de la dignité humaine. Pourtant, certains acteurs politiques, ayant eux-mêmes participé à la dégradation du climat politique, se permettent aujourd’hui de se poser en défenseurs d’un débat civilisé. Mais pour être crédible dans cette revendication, il faut d’abord faire preuve de cohérence.
Pastef, parmi d’autres, a contribué à transformer l’espace politique en un champ de bataille où les attaques personnelles et les injures sont devenues la norme. Ce parti, par son dispositif des « 72 heures », a institutionnalisé la dégradation publique de ses adversaires. Pendant ces 72 heures, des militants et sympathisants se déchaînent contre un individu, l’accablant de toutes sortes d’insultes et de diffamations, le tout en pensant que ce dernier mérite cette humiliation publique.
Il est donc difficile de prendre au sérieux la plainte de ce même parti qui, d’un côté, s’engage dans des campagnes de dénigrement systématiques, et de l’autre, demande un débat respectueux. Pastef a fait de l’attaque personnelle et de la calomnie un outil politique. Que l’on songe à la multiplication des messages haineux diffusés sur leurs plateformes à l’encontre de leurs opposants, ou encore aux orchestrations de lynchages médiatiques qu’ils appellent « 72 heures ». Ces pratiques ont eu des effets dévastateurs sur l’intégrité de l’espace politique sénégalais, mais aujourd’hui, on entend Pastef demander un débat civilisé, exempt d’insultes et de dénigrements. Une telle contradiction mérite réflexion.
Les responsables de ce parti doivent d’abord regarder en face les conséquences de leur propre stratégie. Leurs campagnes de dénigrement ne peuvent pas être balayées d’un revers de main. Ils ont sciemment alimenté un climat de haine et de division pour servir leurs ambitions politiques, et maintenant ils tentent de se présenter comme les champions du respect et de la civilité. Cette amnésie sélective ne doit pas être acceptée.
Le changement ne viendra pas si nous continuons à accepter que certains utilisent les dérives verbales pour servir leurs intérêts tout en prétendant ensuite défendre un débat respectueux. L’hypocrisie et l’amnésie sélective ne peuvent être des solutions à la dégradation du débat public. Si Pastef veut vraiment un climat de respect et de civilité, il doit d’abord se remettre en question et faire face à son rôle dans cette dégradation. Ce n’est qu’en prenant conscience de leurs propres erreurs que nous pourrons, ensemble, restaurer un dialogue constructif et honnête dans la sphère politique.
Aliou DIOP Badou
Membre du Directoire national du parti des libéraux et Démocrates/And Suqali
Responsable politique à Dagana