En 1994, le Français Francis Cabrel sort une chanson qui fait tabac -le buzz, on aurait dit, en 2025. Dans cette chanson titrée Corrida, l’auteur s’engage contre la tauromachie et exprime sa révolte face à une tradition qu’il juge cruelle et inhumaine avec un refrain à succès: «Est-ce que ce monde est sérieux ?». Nous lui empruntons cette bribe pour, à notre tour, nous interroger: le monde est-il sérieux ? Nous pensons bien que non. Sinon, comment comprendre que, au nom d’une prétendue «riposte préventive» et en violation flagrante du droit international et de toutes les dispositions de la Charte de l’Onu, Israël, soutenu à bout de bras par les Etats-Unis, prenne sur lui d’attaquer l’Iran parce que, selon les deux premiers, Téhéran ne doit pas disposer de la bombe atomique? La logique et la cohérence sont décidément absentes des relations internationales surtout depuis que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche. Le monde est devenu cette jungle où les forts écrasent les faibles pour la défense de leurs seuls intérêts économiques, politiques ou stratégiques.
Les derniers événements au Moyen-Orient montrent en tout cas un monde prisonnier de dynamiques de pouvoir où la force l’emporte trop souvent sur le droit. Le droit, c’est pour les faibles, dirait l’autre. De quoi s’est-il agi ? Le 13 juin 2025, Israël lance des attaques massives contre les installations nucléaires et militaires iraniennes, suivies par des bombardements américains le 21 juin ciblant trois sites nucléaires. Ces actions visaient, selon le narratif de Tel Aviv et Washington, à neutraliser le programme nucléaire iranien, perçu comme une menace existentielle par Israël et une préoccupation stratégique par les Etats-Unis qui pourtant en disposent. Naturellement, l’Iran a riposté par des tirs de missiles, notamment contre Israël et contre une base américaine au Qatar bien que ces attaques aient été en grande partie interceptées. Téhéran a menacé de représailles plus sévères contre les intérêts américains dans la région. Sauf que, dans un monde où il vaut mieux être guignol que sérieux et où la recherche d’intérêts justifie toute violence, le pari semble perdu d’avance.
Heureux comme l’Etat hébreu qui, au moins, peut compter sur l’Amérique pour prévenir les potentielles attaques de ses voisins. Et qu’en est-il de l’Iran ? Aucun soutien à l’horizon, si ce n’est sa propre population. L’Oci, la Ligue arabe, si elles ne soutiennent pas l’agresseur, laissent faire. Leurs intérêts priment sur une prétendue solidarité arabo-musulmane. Alors, Américains et Israéliens peuvent tuer tous les Iraniens, de l’Ayatollah jusqu’au dernier citoyen de l’Etat perse, sans risque de résistance. Ainsi va le monde en 2025. Pendant que Poutine pilonne l’Ukraine et que l’Europe se cherche dans des sommets pour voir quelle riposte apporter sans se salir les mains, Trump et son ami Bibi s’occupent de Gaza et de l’Iran avec la complicité active ou passive du grand empire arabo-musulman.
C’est connu depuis la nuit des temps que les Etats n’ont pas d’amis; ils n’ont que leurs intérêts à préserver. La sale guerre du Moyen-Orient en est l’illustration la plus factuelle. Ainsi, le sérieux de ce monde peut être questionné face à une approche qui privilégie la force brute au détriment d’une vision à long terme, alimentant un cycle de violence et d’instabilité. L’absence de consensus international, les critiques des démocrates américains sur l’unilatéralité de Trump et les appels timides à la diplomatie (notamment de la France) soulignent une fracture entre la logique de la force et les aspirations à un monde pacifique. Et il n’y a presque personne pour faire entendre raison aux agresseurs. L’Onu qui, depuis 1945, s’en occupait est aujourd’hui impuissante. Ses appels à la désescalade ne sont pas entendus. Limite, ils font ricaner dans les couloirs de la Maison Blanche où Trump et ses conseillers n’ont que faire de ses rodomontades. Le monde étant devenu unipolaire, depuis la chute du Mur, chacun fait ce qu’il veut, pourvu qu’il dispose de la dissuasion nucléaire.