Plateforme de réflexions et de consensus sur des problématiques majeures dans le domaine de l’ORL, le congrès national de la Société sénégalaise d’ORL et de Chirurgie Cervico-faciale (SSORL) dont le 32ème du genre qui vient de se tenir le week-end dernier à Saly, a été une occasion saisie par le Pr Malick NDIAYE, vice-président de la SSORL d’attirer l’attention des pouvoirs publics et des citoyens sur le caractère problématique de la prise en charge des affections de type ORL au Sénégal. Parmi ces difficultés, figure l’inaccessibilité des coûts pour certains types d’intervention, mais surtout un déficit de reconnaissance dans le paysage médical sénégalais, selon les spécialistes.
Vendredi et samedi dernier, 6 et 7 décembre 2024, les spécialistes en ORL et en Chirurgie Cervico-faciale s’étaient donnés rendez-vous à Saly pour les besoins du 32ème congrès national de la Société sénégalaise d’ORL et de Chirurgie Cervico-faciale (SSORL). Présidé par le Professeur Abdourahmane TALL, avec la contribution du Professeur Idrissa SARR comme conférencier principal, ce rendez-vous scientifique s’est voulu une plateforme de réflexion et de consensus sur des problématiques majeures dans le domaine de l’ORL. C’est sur des thèmes d’actualité pour une meilleure prise en charge comme la réhabilitation en laryngologie et la réhabilitation auditive et du cancer de la cavité buccale que cette rencontre a été placée. Il s’agissait en gros de discuter des défis rencontrés dans la gestion de ces pathologies.
Selon le Professeur Malick NDIAYE, vice-président de la SSORL, ces sujets méritent une attention particulière, compte tenu de leur prévalence croissante et des difficultés associées à leur prise en charge. Le cancer de la cavité buccale, par exemple, est en forte progression. Ses causes sont bien connues : consommation de tabac et d’alcool, infections répétées et mauvaise hygiène bucco-dentaire. Malheureusement, les patients se présentent souvent tardivement, ce qui complique leur prise en charge. Pourtant, comme le rappelle le professeur NDIAYE, « il suffit d’ouvrir la bouche pour constater les effets ». Une sensibilisation accrue s’impose donc pour favoriser un dépistage précoce. En ce qui concerne la réhabilitation auditive, le coût prohibitif des appareils auditifs oscillant entre 10 et 12 millions de francs CFA constitue une barrière majeure pour de nombreux patients sénégalais. Le professeur NDIAYE souligne également l’importance d’un programme national de lutte contre la surdité, afin de pallier les besoins croissants en équipements auditifs et en implants cochléaires.
L’ORL, une spécialité encore mal connue au Sénégal !
L’ORL, qui couvre les maladies des oreilles, du nez, de la gorge, du cou et de certaines parties du visage, souffre encore d’un déficit de reconnaissance dans le paysage médical sénégalais selon les spécialistes. Cela est d’autant plus regrettable de l’avis de ces hommes de l’art que les pathologies ORL, qu’elles soient infectieuses, inflammatoires ou tumorales, touchent une large population. Chez les enfants, elles représentent plus de 50 % des consultations pédiatriques, selon le professeur Ndiaye.
Avec seulement une centaine de spécialistes pour 18 millions d’habitants, le Sénégal reste bien en deçà des recommandations de l’OMS, qui préconise un ORL pour 10 000 personnes. Malgré les efforts de formation, comme l’ouverture récente d’un diplôme spécialisé à l’Université de Thiès, le déficit en spécialistes demeure alarmant.
A Touba, deuxième ville la plus peuplée du pays, on observe une recrudescence des cancers avec une demande en consultations ORL en forte hausse, si l’on se fie à Dr Mame Coumba Sarr NIANE, en service à l’hôpital Matlaboul Fawzéyni. Cependant, la blouse blanche se réjouit du fait que l’Etat du Sénégal y a affecté 5 médecins ORL, ce qui fait que la capitale du mouridisme est relativement mieux dotée en spécialistes que d’autres régions, avec plusieurs ORL résidents et des internes en stage. Toutefois, la prise en charge des pathologies comme le goitre et le cancer reste confrontée à des retards de diagnostic et à une gestion parfois complexe, a souligné le médecin.
Ce congrès national de la SSORL a représenté une opportunité précieuse pour dégager des consensus à l’échelle nationale et renforcer la collaboration entre professionnels. À travers des ateliers pratiques sur l’audiométrie de l’adulte et la dissection de l’os temporal, les participants ont bénéficié d’une mise à niveau sur les avancées techniques.
Le Témoin