CHRONIQUE DE WATHIE
Maintenant que la « macronphonie » a faibli et que « Jupiter » a repris les airs, que retenir de la visite d’Emmanuel Macron au Sénégal? Un Macky SALL qui dort en classe pendant qu’une élève rétablit la vérité? Les nombreux milliards que la presse a déjà mis dans les caisses du ministère de l’Education nationale ? Les « barbus » qui ont collé un costume style années 30 à Rihanna? Si le président français peut se targuer d’avoir conforté les positions stratégiques de son pays au Sénégal, Macky est loin de pouvoir en dire autant. Cette visite montre, certes, qu’il jouit d’un soutien indéfectible de l’Hexagone dont il veille sur les intérêts; mais révèle surtout un gouverneur qui, comme avant 1960, se tourne du côté de la métropole avant de prendre en charge une question aussi essentielle qu’empêcher à la mer d’engloutir des habitations.
La visite de Macky SALL en Chine, en mars 2014, n’aura donc pas servi de leçon à la presse, qui au lendemain s’était hasardée à des acrobaties du genre : »Macky a vidé la banque de Pekin ». Ces milliards promis jadis par la Chine et toujours attendus dans les caisses de l’Etat n’ont pas servi de sédatif. Au sortir de la conférence internationale de financement du Partenariat mondial pour l’éducation (PME), elle s’est encore extasiée. Dans les caisses de Serigne Mbaye THIAM, elle a mis de nombreux milliards, poussant même certains à décréter la mort des abris provisoires au Sénégal. Les 200 millions d’euros, que la France a promis, sont loin d’être destinés au trésor public sénégalais. Sinon, la troisième édition de ladite conférence n’aurait pas eu lieu. Les deux premières auraient déjà permis de régler les problèmes de l’éducation nationale qui ne sont pas que d’ordre financiers. En effet, les sommes mobilisées, surtout pour les beaux yeux de Rihanna, sont censées être investies dans l’éducation, pas qu’au Sénégal, mais aussi dans ces autres pays sous-développés où « l’école pour tous » est toujours un slogan. Mais, à force de vouloir couvrir Macky SALL d’honneurs, cette presse est encore passée côté de l’essentiel. Un emballement médiatique qui a fini de jeter le voile sur les nombreuses facilitations que M. le gouverneur a encore accordées aux entreprises françaises.
Ce vendredi 2 février, le dernier morceau qui restait du Train express régional a été filé à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Stéphane Volant, son secrétaire général, a donc remporté son pari de «remettre le pied en Afrique de l’Ouest ». Avec le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Abdoulaye Daouda DIALLO, un protocole d’accord relatif à un contrat d’exploitation et de maintenance entre l’Etat du Sénégal et le groupement SNCF et le Régie autonome des transports parisiens (RATP) a été signé. « C’est une étape importante dans la mise en œuvre du grand projet que nous sommes en train de réaliser au Sénégal. L’exploitation est prévue à compter du 14 janvier 2019. D’ici là, il est bon de mettre en place les structures qui devront nous aider à très rapidement débuter cette exploitation », a soutenu Abdoulaye Daouda DIALLO après la signature de l’accord. Autrement, après avoir vendu les trains au Sénégal, les Français vont les exploiter jusqu’à ce qu’ils soient usés par le temps. Même s’ils n’ont accordé que près d’un tiers du prêt devant permettre la réalisation du TER, les Français mettent la main sur son exploitation future. Pourtant, le 25 avril 2017, le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Mansour Elimane KANE, avait signé à Paris un avenant au protocole d’accord liant le Sénégal aux mêmes groupes français. Alors, il était également question de la création d’une école de formation ferroviaire au Sénégal financée par les Français. Curieusement, cette clause a disparu. Après le Ter que Macky SALL leur a partagé en plusieurs morceaux, les investisseurs français, à défaut de mettre la main sur la SENELEC, captent les rayons du soleil, dont on ne sait quoi faire, pour les lui refourguer. Eiffage avait eu son fromage avec la centrale solaire de Medina Ndakhar, inaugurée dernièrement par Macky SALL. 46 hectares de terre pris aux populations de Keur Mbouky, pour l’installation de 92.000 panneaux photovoltaïques qui vont fournir de l’énergie que pour payer la SENELEC va exproprier aux populations. Depuis ce vendredi 2 février, Vinci Energies, l’autre géant français de l’électricité, s’est davantage approché de la SENELEC. Les huit centrales photovoltaïques dont la réalisation lui a confiée auront besoin d’être rentabilisées. Ainsi, le groupe français s’est allié à la très capitaliste BNP Paribas pour signer une nébuleuse convention de financement avec le Directeur général de la SENELEC. Ainsi, BNP Paribas prête 130 milliards de F CFA au Senegal – avec de méchants intérêts- qui les reverse à Vinci Energies qui raccorde les centrales photovoltaïques au réseau de la SENELEC qui lui achète l’énergie solaire à revendre aux Sénégalais. Si ce système peut mettre fin aux délestages il n’en enrichit pas moins les Français qui vont finir par faire de la SENELEC une boutique, dont seul le label est sénégalais. Le cas de la SONATEL est patent. Sans parler des deux Airbus que la France va vendre, pour un montant de 171 millions d’euros, à Sénégal Airlines dont le gérant est Français.
Pendant que la France se taille la part du lion dans presque tous les secteurs juteux de l’économie, ses entreprises, dans le cadre de ce qui aurait pu être une responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), semblent collecter des miettes qui sont redonnées sous les projecteurs. Si la signature de ces différentes conventions n’a guère suscité la cacophonie, c’est que les intérêts du Sénégal ont été loin d’être pris en compte. Contrairement aux 10 milliards de francs CFA promis par Macron pour lutter contre l’avancée de la mer qui menace la Langue de Barbarie. Pour cette promesse, les caméras ont été mobilisées en grand nombre. Pourtant, cette menace, les Sénégalais en ont parlé et reparlé tirant la sonnette d’alarme et avertissant les autorités sans que celles-ci ne daignent apporter la moindre réponse efficace. Comment Macky SALL peut-il peiner à mobiliser, sans l’appui de la France, 10 milliards de francs CFA pour venir à bout d’un problème dont il sait que c’est une menace pour le Sénégal?
«Vous avez apporté une réponse concrète à l’avancée de la mer qui menace la Langue de Barbarie ». Cette phrase lancée par Macky SALL à Emmanuel Macron sonne plus qu’un aveu d’assujettissement. Quel analyste sérieux aurait pensé que c’est un président de la République dont le pays est menacé qui parle ainsi à un chef d’un autre Etat ?
Par Mame Birame WATHIE