Profitant de la présentation de leur mémorandum qu'elles ont envoyé par la valise diplomatique au président Macky Sall, des associations des Sénégalais de France veulent que le Sénégal demande la révision des accords sur l'immigration choisie et la convention franco-sénégalaise qui date de 1974 et qui n'est plus en phase avec les intérêts de la diaspora sénégalaise en France.
(Correspondant permanent à Paris) - Des associations sénégalaises de France demandent au gouvernement de Macky Sall d'envisager de renégocier les accords qui lient la France au Sénégal, notamment la convention franco-sénégalaise de 1974 et les accords sur l'immigration choisie, signés sous le régime du président Wade. Pour eux, ces accords ne sont pas à l'avantage des Sénégalais de France. Elles l'ont fait savoir, hier, en conférence de presse de présentation de leur mémorandum. Un document que ces associations ont envoyé auprès du président de la République, Macky Sall accompagné d'une lettre de demande d'audience. Pour les animateurs de ces associations, les nouvelles autorités sénégalaises doivent prendre en compte les intérêts de leurs concitoyens vivant à l'extérieur. «Le problème, c'est la philosophie qui sous-tend ces accords qu'il faut revoir. Il ne s'agit pas de revoir certains aspects seulement», plaide Mbaye Diouf de l'Association des Sénégalais de l'extérieur.
Il estime que la France fait «un lien de cause à effet entre l'immigration et la pauvreté». Alors que ce lien n'existe pas «d'autant plus qu'aujourd'hui immigrer coûte cher». «C'est cette philosophie de base qu'il faut remettre en cause», précise Mbaye Diouf. Qui estime que le problème des autorités sénégalaises, c'est qu'elles ne font pas «confiance à leurs citoyens». «L'idée, c'est que nos gouvernants puissent prendre appui sur nous pour négocier. On ne dit pas qu'on doit les représenter dans les négociations, qu'on doit prendre la casquette diplomatique, mais nous disons que s'ils veulent nous défendre, il faut d'abord nous écouter, avant que l'on entende dans la presse qu'ils sont venus négocier et signer sans qu'on voit le contenu. C'est cela que nous déplorons», explique Ben Benjaloune, ajoutant que la diaspora n'acceptera plus «qu'on règle nos problèmes dans notre dos».
De la retraite des Sénégalais de France
Entre autres points, la renégociation portera sur la retraite des Sénégalais de France qui ne bénéficient pas de tous les droits d'un retraité. «On peut prendre deux exemples. Moi, j'ai la double nationalité. Si je prends ma retraite, je peux aller m'installer au Sénégal et percevoir ma retraite française. Celui qui n'a pas la nationalité française, lui ne peut pas en bénéficier s'il quitte le territoire français pour aller s'installer au Sénégal. Il est assigné à résidence parce qu'il ne peut pas s'absenter de la France plus de trois ans consécutifs. Avant, c'était trois mois seulement», soutient Mbaye Diouf. Et même la carte de retraite introduite par le gouvernement Jospin ne fait pas l'affaire. «Il y a une réforme Jospin qui a introduit la carte de retraite. Mais l'inconvénient de cette carte, c'est qu'elle ne renferme pas tous les droits qu'offre la carte de résident, notamment le droit à la santé, donc la sécurité sociale. Quand on choisit de prendre la carte de retraite, on rend la carte de résidence. Alors que dans la carte de retraite, il y a un nombre limité d'entrées et de sorties du territoire français. Nous, nous voulons tous les droits et c'est possible. C'est sur ces sujets précis qu'on veut voir évoluer les accords entre le Sénégal et la France. Ce sont des choses simples et concrètes à régler», pense M. Diouf.
Des disparités dans les allocations familiales
L'autre point sur lequel l'Assemblée des Sénégalais de l'extérieur appelle à des réformes, c'est les allocations familiales. Ses membres estiment que leurs familles restées au Sénégal perçoivent moins que celles qui sont en France par le biais du regroupement familial. «Pour les allocations familiales, les Marocains ont un peu plus de 100 euros par personne, les Gabonais 90 euros, les Tunisiens 135 euros, mais les Sénégalais n'ont que 25 euros. Que cachent ces 25 euros ? Est-ce derrière, nous avons des choses que les autres n'ont pas ? Pourquoi un enfant tunisien vaudrait-il mieux, a priori, qu'un enfant sénégalais ? On veut des clarifications. Quand on va se renseigner auprès des autorités françaises, on nous demande de nous adresser aux autorités sénégalaises. Il y a une espèce de flou. Nous voulons savoir ce que les autorités françaises envoient au Sénégal et ce qui nous revient», relate Ben Benjaloune. Surtout, estime Mbaye Diouf, c'est sur «la base du salariat que l'on cotise et c'est sur cette base que l'on distribue les allocations familiales». «Au nom de quoi les familles qui sont restées en France toucheraient-elles plus que celles qui sont au Sénégal ? Les mêmes travailleurs ont cotisé la même chose, leurs familles doivent percevoir la même chose. C'est ça le droit. Qu'elles soient ici en France dans le cadre du regroupement familial ou qu'elles soient au Sénégal», martèle M. Diouf.
S’inspirer du Mali dans les accords d’immigration
Les conférenciers demandent également qu'on renégocie les accords sur l'immigration choisie, signés par les présidents Wade et Sakorzy. Afin de prendre en compte les sans-papiers sénégalais. Comme les autorités maliennes l'ont fait pour leurs ressortissants. «Dans cette renégociation, la question des sans-papiers est centrale. Vous avez vu les Maliens signer ces accords de l'immigration choisie ? Les autorités françaises ont fait plusieurs voyages au Mali, mais les autorités maliennes ont refusé», explique Mbaye Diouf pour justifier la révision de ces accords. Surtout, selon lui, les sans-papiers «correspondent à un besoin» de l'économie française, notamment dans le bâtiment et dans le secteur tertiaire en général. «Comment ferait le gouvernement français de son secteur tertiaire et autres qui recrutent des sans-papiers», s'interroge-t-il, ajoutant que ce sont ces sans-papiers qui ont permis à la France de faire «face à la concurrence internationale». En tous les cas, toutes ces questions seront évoquées lors de l'audience sollicitée auprès du président Macky Sall.
Moustapha BARRY