Président, la Culture a trop souffert de discours et d'effets d'annonces stériles

Monsieur le premier protecteur !..

Je cultive et entretiens, plus que jamais, la conviction intime qu'on ne doit point déranger un homme qui a mission de stabiliser des mondes. Et de monde, le territoire en est un, dont vous avez - depuis le 25 de mars 2012 - charge légale et légitime d'assurer et l'intégrité et de satisfaire les requêtes plus-que-stressantes des populaces qui le peuplent et le meublent. Eh oui, le Sénégal est un monde, Monsieur le président, et avec la particularité de carrefour que les gens auraient investi. Les uns pour s'indigner, les autres pour en appeler à la sérénité, et tous pour souhaiter, à leurs manières et avec les moyens en leur possession, leur ivresse droite que les choses bougent enfin. Positivement, s’entend ! Vous conviendrez, pour sûr, avec moi, qu’il n'est ni heure ni lieu de faire dans quelque pessimisme que soit, même si, d’aucuns croient, à raison ou à tort, que l'essentiel est encore en errance. Quant à moi, je présume que vous êtes toujours, et tous les jours, dans les mêmes prédispositions et dans les mêmes états d'esprit qui ont présidé à votre dessein d'utilité à la République et à la Nation. Ce que, c’est probable, le peuple-souverain-électeur a compris en bellement faisant de vous, et «pour cinq ans», Son Suprême Magistrat. Je puis avec aise certifier que ce même peuple, depuis cent jours et des poussières, n’a de cesse de se féliciter de vous avoir impatronisé. Et à raison !.. Pour des motifs d'honnêteté intellectuelle et de cohérence d'avec lui-même. Grâce lui en soit rendue ! C’est, je pense, le sentiment qui vous anime et emplit dans la solitude terrible, et sûrement terrifiante, des 1 825 jours dont vous disposez pour convertir vos idées et nos fantasmes en destin. 

C’est vrai, Monsieur le président, vous avez pris des engagements merveilleux auxquels nous adhérons, parce que nous nous retrouvons en presque chacun de leurs points. Au nom du principe pluriel qui voudrait qu'on ne puisse être sur tous les fronts et de tous les barouds, je ne reviendrai donc pas sur leur globalité. Je me limiterai aux engagements qui me concernent et qui ont trait au secteur qui m'est quotidienneté et, en primauté, donne du sens à mon existence : la Culture. Depuis quarante-six ans et pour mille deux cents autres, Léopold Senghor trône et sera, de façon somptuaire, en nos imaginaires. Me Abdoulaye Wade, même en ayant – intellectuellement - raté beaucoup de rendez-vous d'avec lui-même d'abord, a posé des actes forts qui sont autant de marques et de traces qui lui survivront honorablement. Certes, Abdou Diouf, pris en l'étau des ajustements dits «structurels», a manqué de marges de manœuvre. Toutefois, il nous a légué deux ou trois faits qui mériteraient d'être re-suscités. C'est, en ces propos, revenir sur un aveu personnel : que l'opportunité vous est offerte de faire plus et mieux que vos trois prédécesseurs -même alliés ! Tous les ingrédients sont disponibles, voire aisés à assembler. Ce sont des moyens et ce sont des compétences. Ce sont des mesures à arrêter et à mettre en ordre, et ce sont autant d'injonctions à suivre et à faire suivre scrupuleusement.

La Culture est en crise parce que, depuis au moins douze hivernages, trop de postures n'y sont qu'autant d'impostures. Elle souffre, et les acteurs avec elle – naturellement - parce que tout y est mené entre tâtonnements et dilettantisme -crasse. Entre «poinçonnages de budgets» et «détournements d'objectifs». Et parce que des politiciens ont toujours sévi alors qu'on ne s'attendait qu'à une politique culturelle. Non virtuelle mais réelle et dynamique. Consensuelle et donc concertée !.. Je persiste et je signe, Monsieur le président ! Aujourd’hui que vous détenez «tous les pouvoirs» et «le dernier mot», c’est-à-dire l'essentiel, tout (vous) est possible !.. Il suffirait, seulement, de faire dans le volontarisme des «despotes bien éclairés». Et c'est cela votre actuel statut, Excellence ! Mettez votre lumineux habit de «président de tous les Sénégalais» et parez-vous de l'écharpe généreuse de «Premier Protecteur des Lettres et des Arts» ! Adossez-vous, lors, au principe de continuité de l'Etat, comme dirait encore le Général De Gaulle et «ordonnez !..» Tout est là, pardieu ! C'est à vous et à vous seul qu'il revient de faire recouvrer à la Culture toutes ses syllabes d'accueil et son rayonnement ! C’est à vous et à vous seul qu'il revient d'installer la Culture au cœur des décisions de l'Etat et de la République ! C’est par vous, avant quiconque, que verra le jour ce «Nouveau Type de Sénégalais» dont tout le monde parle et que douze millions de citoyens vaticinent !

C'est par vous et par vous seul, que s'enclenchera, véritablement, la dialectique impérieuse d'assainissement des écuries trop pouacres existantes dans le secteur de la Culture ! Senghor, Wade et Diouf ont merveilleusement théorisé le concept. Ils ont, hélas, oublié d'intégrer la Culture du lot des «domaines réservés». Par cette omission, il est une belle carte à jouer ! Président, dénaturez les carences et désordres en vigueur dans le secteur ! Il en est en toutes les directions ! Au Patrimoine tout autant qu'au(x)Théâtre(s), à l'Ifan tout autant qu'aux Ecoles (des arts et de coupe, etc.), au Bureau d'Architecture et Monuments tout autant qu'au Monument de la Renaissance et à la Place du Souvenir africain, au Mémorial du Joola tout autant qu'au Bureau sénégalais du Droit d'auteur qui, pour si peu et au train où y vont en ce moment les choses, risque bien de muer en auberge espagnole. Président, sifflez la fin des récréations et des règlements de comptes tacitement institués dans le secteur ! La Culture et les acteurs, forcément, ont trop grande ivresse de bouffées d'air très frais pour tolérer un seul instant les insensées querelles de «Chefs» qu’on leur sert. Du privé tout comme du service public, les animateurs et promoteurs (écrivains, éditeurs, artistes de toutes les natures, etc.) s'impatientent et désirent ardemment pouvoir jouir des subventions qui les aideraient à renforcer leurs capacités, à initier des actions, voire les crédibiliser. Tous, légitimement, attendent et ne veulent plus, et ne peuvent plus voir leurs espérances, sans vergogne et sans scrupule, désespérées !.. «Le Président m'a instruit de ceci...», «le Premier ministre m'a instruit de cela...», entend-on, en constance, de la bouche des «tutelles».

Au-delà de l’envie qu’ils nous donnent de rigoler, ce qui est extraordinaire et tout à la fois exulcérant demeure qu'on ne voit toujours rien venir ! Comme si on ne souffrait pas déjà assez ? Comme si les actants culturels n'étaient pas, eux aussi, à maintenant 126 jours de la fin de l'année budgétaire ?.. Président, la Culture a trop souffert de discours et d'effets d'annonces stériles. Mettez fin à tous les cirques et que rien ni personne ne vous retarde !.. Une correcte prise en charge de la Culture comme question sur-prioritaire à résoudre ne doit pas être un souhait et/ou être du goût de ceux-là, tous, qui visent «votre fauteuil» en 2017 ou l'ont, comme vous, vivement convoité entre Février et Mars 2012. Ils ont tous pleine conscience de «qui tient les acteurs culturels aura la Présidentielle à venir dans sa poche». Et, dans cette perspective, Monsieur le président, vous avez la chance inouïe d'être en pôle position.

Agissez donc en permanent candidat à votre propre succession ! Notre «loi essentielle» ne l'interdit pas et les «Assises» non plus, que d'aucuns (et on peut les comprendre) voudraient bien convertir en moyen pour caveçonner vos libertés de manœuvre et saper votre autorité. Président, ne laissez aucun droit sur vos droits et devoirs ! Eloignez-vous, plus encore, de tout ce qui s'apparenterait à quelque prison mentale ! Œuvrez et faites-le en «monstre froid !» Le Sénégal le recommande et la situation de nos compatriotes l'exige qui, ardemment, désirent que vous les aidiez «à revivre» une République-de-citoyens-comme-il-faut et aux postures conformes à leurs compétences. La Culture et «les culturels» ont trop subi et souffert de la médiocratie et de l'arrogance de faux-dévots et d'insatiables mange-mil -autochtones. Cette donne doit changer !.. Les artistes-comédiens, les musiciens et assimilés désirent mourir autrement ! Non plus comme des chiens abandonnés ou des orphelins et marginaux, mais en êtres humains -tout simplement.

Faites donc jouer à la Culture ses partitions et missions de «Yoonu Yokkute» ! La Culture est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des vernacles et apparentés ! La Culture est un vocable et un levier de financement de notre économie nationale. La Culture est un lieu et le meilleur !.. de mise en représentation positive de nos souverainetés, de nos patrimoines (matériel et immatériel), de recouvrement des valeurs aptes à nous restituer à nous-mêmes et d'éducation au civisme, à l'amour de la Patrie, au respect scrupuleux des symboles et des signes qui incarnent l'Etat, etc. Protégez, lors, la Culture et convertissez-la en outil pour asseoir la cohésion sociale et, en chaque Sénégalais, ancrer l'idée que nous sommes, avant tout, un peuple de cousins et de voisins. Monsieur le président, pardonnez ma désinvolture. Elle n'est, au fond, qu’une marque de la pure fraternité qui nous unit depuis un matin de Juillet de l'An 2007.

Elie-Charles MOREAU

 

 

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