Inconstance et frivolité comme caractère
Il me semble que c’est la vertu fondamentale, celle qui conditionne toute autre valeur, qui lui fait défaut : la constance. Voilà un homme qui commence un discours par dire qu’il a raccroché sa robe d’avocat et ne plaidera plus, et le termine par : «J’ai introduit une demande pour être réintégré au barreau.» Je trouve avec ça que ceux qui, au nom d’une fidélité ou loyauté dévoyée, exaltent ses exhibitions frivoles, ignorant pudiquement ses signes de sénilité, ont mieux à faire. Car croire que l’avenir politique de Wade est devant lui est stupide ; de même, rester à ses ordres, au service de ce projet est le meilleur moyen de confirmer sa crédulité à ceux qui en doutaient. Il en est ainsi, quand l’ex-ministre de la Justice s’adresse au président Macky, en ces termes : «Macky, vous êtes mon jeune frère et ami, alors je vous dis : arrêtez ce que vous faites, reprenez-vous et ne réveillez pas le Fitna, car nous ne nous laisserons pas faire».N’est-ce pas pathétique et répugnant ? Où se trouvait-il quand son collègue ministre Serigne Mbacké Ndiaye tenait publiquement les propos ci-après : «Gardons-nous de perdre les élections, sinon nombre d’entre nous irons croupir en prison» ? Ne pas s’émouvoir d’un si cinglant aveu d’existence d’activités pernicieuses au cœur de l’Etat, en tant que ministre de la justice et oser une fois déchu, vouloir entraver de judicieuses investigations, relève de l’effronterie. Non! Monsieur le dévoué ministre de Wade : Macky n’a rien à craindre pour ce qu’il est en train de faire ; à vous de vous reprendre : la cause objective d’une investigation est tout simplement la recherche de clarté, à propos du sujet en question.
Il ressort de votre charivari orchestré par Wade, qui aime à rappeler qu’il est le maître du président à qui il a tout appris sauf à le remplacer et faire mieux, que vous nourrissiez l’espoir de voir Macky se contenter d’être un président par procuration. Ce qui vous aurait garanti l’impunité, aux dépens des pauvres Sénégalais insolemment délestés de centaines, sinon de milliers de milliards. Hélas Macky ne répond pas du tout à l’opinion mesquine d’homme sans charisme et sans caractère que son «maître» s’était faite de lui. C’est là la raison de votre rancœur, née de cette grande désillusion. L’élève Macky est différent du maître tyrannique, de qui il a appris par opposition, à aimer tout ce qu’il n’a pas été, et à haïr tout ce qu’il a été. Alors que le maître «Wade» se prépare à souffrir de voir son élève réussir là où il a lamentablement échoué et sortir par la grande porte, avec les honneurs.
Les différences notoires entre Wade le maître et Macky
Le premier, vieux de quatre-vingt-dix ans environ a piteusement échoué devant son peuple, à lui imposer un troisième mandat illégal, faire main basse sur la République et tourner celle-ci en monarchie, au bénéfice de sa descendance. Un parfait déni de ce qu’il avait promis en campagne, puis renié par un ignoble parjure : «Ma Waxone waxète». Le second, jeune de seulement la cinquantaine environ, élu pour sept ans, s’engage volontairement à ramener son propre mandat à cinq ans et à voter une loi définitive qui s’imposera à lui, pour que désormais le nombre de mandats soit limité à deux. Ce, en parfait respect de ses promesses de campagne. Il y a là des standards qui s’opposent radicalement. Il faut arrêter de rechercher une conformité entre l’élève et le maître - il n’y en a pas. Oubliez donc Macky élève, Macky frère, Macky ami, et intéressez-vous à Macky président de la République, en honneur à votre douteux patriotisme. Arrêtez vos campagnes démagogiques instrumentalisées par certains médias. Tout le monde sait que l’on n’élit pas un président pour l’envoyer de suite au banc des accusés, pour ce qu’il aurait éventuellement commis dans son passé.
Ce qui nous intéresse de Macky ce n’est point ce qu’il a fait en tant que collaborateur de Wade, mais plutôt ce qu’il va faire en tant que président. Ce qu’il va poser comme actes structurants pour notre République en marche. En toute objectivité, si Macky réussit au terme de ses deux mandats - ce que je lui souhaite ardemment- à être ce président que nous attendions désespérément de ses prédécesseurs, tout son passé pourrait être mis sur le compte de sa bonne intelligence en stratégies et tactiques. Les autres candidats de la présidentielle 2012 en savent quelque chose et demain, les Sénégalais satisfaits ne manqueront pas de dire : l’enjeu en valait la chandelle. L’immoralité chez Wade par contre, est de fait immanente à son projet de faire de la République un cirque depuis le début. Souvenez-vous qu’il avait dit : «Je peux faire de mon chauffeur un ministre si je le veux.» Un cirque républicain où des transhumants surexcités jouent les clowns et des copains coquins raflent des mises qui se chiffrent en milliards, au jeu lucratif de dinosaures d’agences et postes institutionnels. De sorte que ses valets deviennent milliardaires sans cause, que son génie de fils ne puisse être inquiété des soupçons de forfaiture qui pèsent sur sa gestion et que sa fille n’ait à répondre à propos du Fesman que pour deux cent millions, sur soixante dix milliards engloutis. Pour elle, le Fesman a été une affaire toutes charges confondues de ce montant-là.
En fin de compte, le plus dur pour un despote dont la déchéance devient réalité est de faire preuve de dignité. La grandeur et la noblesse d’un homme politique sont à chercher dans le pacte qu’il scelle avec l’honorabilité et non dans ses penchants pour les biens et plaisirs avilissants. Cette honorabilité semble résider davantage chez celui qui le décerne : le peuple toujours digne et honorable. A ceux qui disent donc qu’il n’y a que trop de bruit autour des audits, venant du pouvoir, qu’ils commencent par se taire et se terrer comme il sied aux proscrits, pour être en mesure d’apprécier la suprême différence : la classe avec laquelle les nouveaux hommes au pouvoir, sans tintamarre, sont en train de remettre de l’ordre dans le pays.
Ibe NIANG Ardo
Pdt du Mvt Cit. JOG CI
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