ETAT CRITIQUE DE L’ILE DE NDAR: Sur les 1 444 unités architecturales, le dixième est en péril

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Aly Sine (médaillon) reconnaît que le patrimoine de Saint-Louis est dans une situation très critique. Le patrimoine de Saint-Louis est dans une situation très critique. Beaucoup de bâtiments se sont écroulés, compte tenu des facteurs climatique et technique. Ainsi, le dixième des 1 444 unités architecturales que compte l’Ile, est en péril. Pour arrêter l’hémorragie, la commune de Saint-Louis a initié, dans le cadre du Programme de développement touristique, un projet d’amélioration de l’habitat. 

(Correspondance) - La partie historique de Saint-Louis est nichée sur un doigt de terre étreint par le cours principal et un défluent du fleuve Sénégal. Son aspect charmant et pittoresque, rehaussé par une architecture plusieurs fois centenaire et mêlant plusieurs styles, écrase de sa masse le quartier de Sor et la langue de Barbarie. Dès la sortie du pont Faidherbe, le visiteur est émerveillé par des sites, places, monuments, bâtiments, camps militaires et garnisons ayant abrité ceux qui ont longtemps présidé aux destinées de l’Afrique occidentale française (Aof). Le cœur patrimonial de Saint-Louis, souvent appelé «Ile» ou «ville», semble hanté par les hauts faits historiques, des décisions, les pas nonchalants mais calculés des Signares, les us et coutumes des colonisateurs. Mais également, des sujets français...

La gouvernance reste assurément le point mythique de cette ville trois fois centenaire. Le lieu où se sont nouées et dénouées des tragédies, des stratégies qui en ont fait la tête de pont de la pénétration coloniale. Le verrou d’accès à l’Hinterland africain. Aujourd’hui encore, les rues droites, la masse imposante des bâtiments, leur style tantôt baroque tantôt nord-africain, avec leur véranda et/ou mezzanine, laissent suinter des tranches de vie de l’époque. Il est vrai que des pans de ce patrimoine se sont écroulés, faute de moyens des occupants actuels. L’essentiel des structures, malmenées par l’usure du temps, sont devenues assez fragiles.

Beaucoup de bâtiments, compte tenu des facteurs climatique et technique, s’écroulent. D’aucuns qui ont les moyens, réhabilitent en faisant fi du plan de sauvegarde et de mise en valeur, de la réglementation en vigueur. Ce sont des hauts fonctionnaires, des cadres de l’Etat et des gens nantis qui achètent ces vieilles maisons et les transforment selon leur goût. Et pour ces diverses raisons, la ressource patrimoniale est menacée. L’hémorragie continue. Et il n’est pas rare, dans l’Ile, de voir des bâtiments qui ne respectent pas l’allure générale (qui est de R+1, sauf pour les bâtiments administratifs tels que les Rogniat Nord et Sud, la gouvernance qui sont construits en R+2). Mais, dans sa politique de préservation du patrimoine, la mairie a eu à saisir l’autorité administrative pour la destruction de ce type de bâtiments, indique Aly Sine, directeur adjoint de la Direction des services techniques municipaux de Saint-Louis. Faisant l’état des lieux, M. Sine signale, d’emblée, que le patrimoine de Saint-Louis est dans une situation très critique.

Sur les 1 444 unités architecturales de l’Ile, le dixième (1/10) est en péril. Généralement, ces bâtiments sont les propriétés de familles démunies qui peinent à suivre le coût faramineux de la réhabilitation. Pour une bonne restauration d’un bâtiment sur l’Ile, il faut un minimum de 50 millions de francs Cfa pour une surface de 250 m2, nous dit Aly Sine. C’est ainsi que, dans le cadre du Programme de développement touristique, la commune a initié, avec l’Agence régionale de développement (Ard), un projet d’amélioration de l’habitat. L’idée de ce programme est d’attirer les touristes sur la base d’une réhabilitation, selon les normes du patrimoine. Dans sa conception initiale, le programme visait à apporter un appui à l’effort de réhabilitation. C’est ainsi que le volet patrimoine occupe presque le 1/3, soit 5 milliards sur les 16 prévus pour ce programme. Ainsi, sera prise en compte, dans ce projet, la réhabilitation d’édifices de grand intérêt architectural à statut privé, rapporte M. Sine. Des édifices implantés sur des séquences à forte potentialité patrimoniale (sur le parcours touristique) et les bâtiments publics (la Cathédrale, seul bâtiment public retenu qui sera partiellement ou entièrement réhabilité et un autre édifice non encore retenu) sont également inscrits sur la liste. Toutefois, la réhabilitation de ces bâtiments ne se fera pas sans bourse délier. Excepté les édifices publics pour lesquels la subvention sera totale.

«Nous avons tiré des enseignements du projet pilote de réhabilitation des bâtiments qui avait été déroulé par l’Unesco. Dans le cadre de ce projet, il fallait pour les propriétaires de maisons rembourser 70 % du prêt. Mais, le remboursement n’a pas été effectif. Car seusl 40 % ont été restitués», affirme M. Sine. C’est ainsi qu’à la suite d’enquêtes socio-économiques, le projet va financer la réhabilitation des maisons appartenant à des familles à revenus faibles. Cela, à hauteur de 90 %. Le reliquat de 10 % devra être restitué à partir des revenus que va générer une partie du bâtiment qui sera utilisée à des fins commerciales. «Si c’est un édifice R+1, le projet va donner en location l’étage pour le retourner au propriétaire une fois que l’amortissement sera réalisé», précise M. Sine. Pour les familles à niveau de revenus importants, le taux de subvention peut varier de 60 à 80 %. Elles auront le choix entre l’option d’un remboursement mensuel ou l’usage de la partie de la maison à des fins commerciales.